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Déclaration De S.e. M. Ahmet Davutoglu, Ministre Des Affaires Étrangères De La République De Turquie, Concernant Les Relations Turco-israéliennes , 08.09.2011

Déclaration de S.E. M. Ahmet Davutoglu, Ministre des Affaires étrangères de la République de Turquie, concernant les relations turco-israéliennes

 

Distingués membres de la Presse,

 

Vous connaissez parfaitement les raisons pour lesquelles je fais cette déclaration  aujourd’hui.

 

Il y a environ 15 mois, le 31 mai 2010, Israël a lancé dans les eaux internationales une attaque armée à l’encontre un convoi d’aide internationale, auquel une centaine de personnes provenant de 32 pays différents participaient afin d’apporter une aide humanitaire à Gaza.

 

Lors de cette attaque, les soldats israéliens ont tué 9 civils, dont 8 citoyens turcs et un citoyen américain. Ils ont blessé de nombreux passagers et ils ont également emmené de force en Israël le bateau ainsi que les passagers.

 

Ces personnes ont été soumises à toute sorte de traitements dégradants, lors de leur captivité entre les mains d’Israël qui a duré deux jours.

 

Chers amis,

 

Approximativement 15 mois se sont écoulés depuis cette attaque illégale.

 

Cependant, les faits concrets sont toujours là.

 

Je pense qu’il est nécessaire de les rappeler.

 

L’attaque israélienne a eu lieu dans les eaux internationales.

 

Les personnes tuées par les soldats israéliens étaient des civils innocents.

 

Ces personnes, dont la vie a été ôtée, étaient des civils qui souhaitaient répondre à l’appel à l’aide du peuple palestinien qui subit un blocus imposé par Israël en violation de la loi internationale et des valeurs humanitaires.

 

La guerre est une réalité difficile de l’histoire de l’humanité.

Et par-dessus tout, la guerre est une violation grave du droit humain à la vie, qui constitue la valeur la plus sacrée.

 

En fait, toutes les civilisations ont développé un concept de « guerre juste » afin que même la guerre soit réglementée en fonction de certaines lois.

 

C’est pour cette raison que la Charte de l’ONU a restreint l’usage de la force militaire par des conditions strictes.

 

De plus, en raison de notre conviction du caractère sacré du droit à la vie, l’assassinat de civils innocents est considéré comme un crime même lorsque la guerre est justifiée.

 

Cependant, Israël a tué des civils qui participaient à un événement pacifique organisé afin d’apporter de l’aide à des personnes innocentes qui souffraient d’un embargo cruel. Et cela a eu lieu non pas en temps de guerre mais en période de paix et ne concernait pas un convoi militaire mais un convoi civil.

 

De plus, Israël n’a commis ces actes ni sur son territoire ou dans ses eaux territoriales mais dans les eaux internationales, où la liberté de navigation constitue l’un des plus fondamentaux principes de la loi internationale.

 

Le crime commis par Israël ne représente pas une simple offense.

 

C’est la loi internationale qui a été violée.

 

Ce qui a été violée, c’est la conscience de l’humanité et la valeur la plus fondamentale de l’humanité, le droit à la vie.

 

Voici la vérité irréfutable :

 

Le fait d’attaquer des civils sur un bateau faisant partie d’un convoi d’aide, de tirer à de multiples reprises sur des personnes non armées  et dans leur nuque, constitue un crime contre l’humanité.

 

Ce crime ne peut être masqué par aucune autre réalité, ni justifié par de quelconques circonstances.

 

Une autre chose doit être soulignée.

Aucun Etat n’est au-dessus de la loi.

 

Le monde est en train de changer.

 

Ceux qui portent atteinte à la vie des civils ou qui commettent des crimes contre l’humanité seront tôt ou tard traduits devant la justice pour leurs crimes et soumis à un procès.

 

Ni le Gouvernement israélien qui a ordonné l’attaque contre le Mavi Marmara ni ceux qui ont effectivement mené l’attaque sont au-dessus de la loi ou possèdent une immunité. Ils doivent tous être tenus pour responsables.

 

En fait, ils ont déjà été jugés par la conscience de l’humanité.

 

 

 

 

 

Distingués membres de la Presse,

 

Vous vous rappelez que la Turquie a rapidement agi afin de s’assurer que ces crimes manifestes ne restent pas impunis et que la justice puisse se mettre en œuvre.

 

A cette fin, dans les heures qui ont suivis l’attaque, nous avons demandé qu’une session du Conseil de Sécurité de l’ONU ait lieu en urgence le même jour.

 

Lors de mon discours devant le Secrétaire général de l’ONU, j’ai déclaré que l’humanité s’était noyée dans les eaux de la Méditerranée avec cette attaque qui méprisait totalement la loi, la conscience et les valeurs de l’humanité.

  

Et en effet, le 1er juin 2010, le Conseil de Sécurité de l’ONU a adopté une déclaration présidentielle avec l’accord de tous les membres, un accord de toute la communauté internationale dans son ensemble.

 

Par cette déclaration, le Conseil de Sécurité a appelé à l’ouverture rapide d’une enquête impartiale, crédible et transparente, qui porterait sur la tragédie causée par l’usage de la force armée par Israël, et qui serait menée conformément aux normes internationales.

 

De plus, le Conseil des droits de l’Homme situé à Genève, a adopté une résolution pourvoyant à la mise en place d’une mission comprenant des juristes spécialisés et de haut de niveau afin d’établir les faits, et d’entamer un processus d’investigation concernant l’attaque.

 

Le Secrétaire général de l’ONU a également mis en place un groupe d’enquête dans la lignée de l’appel du Conseil de Sécurité.

 

La Turquie a pleinement coopéré avec ce groupe. Nous avons apporté toutes les contributions nécessaires afin d’accélérer le processus de l’enquête et nous avons communiqué tous nos rapports nationaux.

 

En revanche, Israël qui était pourtant représenté dans le groupe, a continuellement agi avec l’intention de retarder le travail de ce dernier.

 

Comme vous le savez tous parfaitement, nous avons demandé au Gouvernement israélien de formuler des excuses officielles et de verser une compensation aux familles ainsi qu’aux proches des personnes décédées. De plus, nous avons continué à souligner que le blocus qui est imposé à Gaza, et qui a été explicitement critiqué dans la déclaration du Président du Conseil de Sécurité de l’ONU, devait être levé.

 

Nous avons également déclaré que les relations turco-israéliennes ne seraient pas normalisées tant que nos conditions ne seraient pas satisfaites.

 

Parallèlement, ayant été informé par le Gouvernement israélien qu’il a était prêt à s’entendre avec la Turquie afin de s’excuser auprès du peuple turc et de verser des compensations pour les familles ainsi que les proches des personnes décédées, nous avons participé à 4 séances de réunion qui ont eu lieu à différents moments.

 

Lors de ces réunions, un accord a été atteint à plusieurs reprises entre les délégations israélienne et turque qui négociaient les textes de l’accord, pour satisfaire notre demande d’excuse et de compensations.

 

En effet, un accord (ad referendum) a été atteint pour la première fois à propos de deux textes distincts à l’issue des réunions qui ont eu lieu à Genève à la demande du Premier Ministre israélien, faisant suite à la contribution de la Turquie pour le renforcement des efforts visant à mettre un terme aux incendies de forêts au mois de décembre 2010, en Israël. Cet accord a également été soutenu par le Premier Ministre israélien M. Nétanyahou. Cependant, en raison de désaccords au sein du conseil israélien des Ministres, cet accord n’a pas pu être mis en place.

 

Tout au long de ce processus, les retards accumulés pour la publication du rapport de la Commission Palmer (j’insiste sur ce point depuis que nous avons à faire face à une manipulation importante de la presse) ont été causés par les demandes du Gouvernement d’Israël pour obtenir des délais supplémentaires afin de parvenir à un consensus interne à propos des excuses et des compensations. En d’autres mots, tous les reports ont été effectués à la demande du Gouvernement d’Israël.

 

L’ultime demande faite par Israël pour une période supplémentaire de 6 mois n’a pas été acceptée par la Turquie parce qu’il était évident que toutes ces demandes de délais visaient à prolonger le processus.

 

Les fuites dans la presse concernant le rapport, pour lequel ni la Turquie ni Israël ne sont présentes en tant que parties, et qui porte seulement la signature du Président Palmer et du Vice-président Uribe, ont eu lieu avant que celui-ci ne soit officiellement soumis au Secrétaire général de l’ONU le 1er septembre, et représentent en ce sens une provocation mentale. Hier, j’ai parlé de ce sujet de manière franche avec le Secrétaire général M. Ban Ki-moon. Il m’a communiqué son grand étonnement et sa consternation que ce rapport qui ne lui a pas encore été soumis et dont les détails ne lui sont pas encore pleinement connus, ait été révélé à la presse comme cela a été fait. Malheureusement, dans ce processus, la partie israélienne n’a pas agi avec la solennité et la confidentialité qui revient à un Etat.  

 

Avant tout, il doit être clair que ce rapport ne reflète que les vues des personnes susmentionnées.

 

Le rapport établit et mentionne clairement les crimes commis par les soldats israéliens.

 

Dans cette perspective, il conclut clairement que l’attaque des navires avec une force substantielle et à une grande distance de la zone de blocus était excessive et déraisonnable.

 

Il établit également que les pertes humaines et les blessures causées par les soldats israéliens ne sont pas acceptables. Aucune des 9 personnes décédées n’a été examinée par Israël. Ce qui constitue une  preuve que la plupart des personnes décédées ont reçu plusieurs balles, dont certaines dans le dos ou d’une courte distance.

 

Le rapport documente clairement les mauvais traitements infligés aux passagers, y compris les mauvais traitements physiques, les harcèlements, les intimidations, la confiscation injustifiée de biens et le refus d’une assistance consulaire.

 

Cependant, le rapport prétend que le blocus inhumain imposé par Israël à l’encontre de Gaza est légal.

 

Il n’est pas possible et même hors de question d’accepter cette approche.

 

La Mission pour établir les faits, comprenant des juristes spécialisés, hautement compétents et mandatés par le Conseil des droits de l’homme de l’ONU, a déclaré que le blocus de Gaza était illégal. Ils ont clairement montré cela dans le travail produit à la suite de l’incident de l’année dernière.

 

Cette conclusion a été soutenue par le Conseil des droits de l’homme de  l’ONU et par l’Assemblée générale de l’ONU.

 

Si tel est le cas, alors les vues controversées mises en avant par le Président et le Vice-président du Groupe qui excèdent leur mandat, reposent clairement sur des motifs politiques, plutôt que sur des bases légales.

 

La Turquie n’acceptera aucunement cette approche, qui compromet le fonctionnement et l’intégrité du Ggroupe.

 

La Turquie rejette totalement cette approche, qui est en contradiction avec l’esprit et la lettre de la Déclaration présidentielle adoptée par le Conseil de Sécurité de l’ONU par consensus.

 

Dans cette perspective, nous sommes déterminés à porter cette question devant les autorités internationales légales compétentes.

 

Chers amis,

 

La position adoptée par la Turquie depuis le début à l’encontre de cet acte illégal perpétré par Israël est très claire et repose sur des principes. Nos demandes sont connues.

 

Nos relations avec Israël ne seront pas normalisées jusqu’à ce que ces conditions soient satisfaites.

 

A ce jour, Israël n’a saisi aucune des opportunités qui lui ont été présentées.

 

Maintenant, le Gouvernement d’Israël doit faire face aux conséquences de ses actes illégaux. Il faut qu’elle cesse de se considérer au-dessus de la loi au mépris total de la conscience de l’humanité. Le temps est venu pour Israël de payer le prix pour ses actes.

 

Ce prix est par dessus tout la perte de l’amitié de la Turquie.

 

La seule partie responsable que l’on soit parvenu à ce stade, est le Gouvernement d’Israël qui a agi d’une manière irresponsable.

 

Dans ce contexte et parvenu à ce stade, notre Gouvernement a décidé de prendre les mesures suivantes :

 

1. Les relations diplomatiques entre la Turquie et Israël seront abaissées au niveau du Deuxième Secrétaire. Tout le personnel situé à un niveau supérieur au Deuxième Secrétaire retournera dans son pays au plus tard avant le mercredi (le 7 septembre).

  

2. Les accords militaires entre la Turquie et Israël ont été suspendus.

 

3. En tant qu’Etat littoral qui possède la plus longue ligne de côte en Méditerranée  orientale, la Turquie prendra les mesures qui lui semblent nécessaires afin d’assurer la liberté de navigation dans cette région.

 

4. La Turquie ne reconnaît pas le blocus imposé par Israël à Gaza. La Turquie s’assurera que le blocus imposé par Israël à Gaza depuis le 31 mai 2010 soit examiné par la Cour internationale de Justice. Dans cette perspective, nous entamons  des démarches afin de mobiliser l’Assemblée générale de l’ONU.

 

5. Nous apporteront tout notre soutien aux victimes turques et étrangères de l’attaque israélienne au cours de leurs initiatives pour faire valoir leurs droits devant la justice.

 

Distingués membres de la presse,

 

Je voudrais mettre l’accent sur un autre point.

En Turquie, nous sommes partisans d’une conception qui plaide pour la paix au lieu des conflits éternels et nous voulons établir la justice contre la tyrannie. Notre politique repose sur cette conviction fondamentale.

 

C’est la raison pour laquelle, de la même manière que nous avons fait entendre notre voix contre les massacres en Bosnie et au Kosovo, nous avons également fait connaître notre réaction à la suite des attaques israéliennes brutales contre Gaza.

 

Aujourd’hui, le Gouvernement israélien doit faire des choix et le temps est venu de faire ces choix.

 

Ceux qui dirigent Israël doivent se rendre compte qu’il ne sera possible d’assurer réellement la sécurité qu’en construisant la paix.

 

Ils doivent également comprendre que le chemin pour construire la paix passe par le renforcement des amitiés, non par l’assassinat de citoyens appartenant à des pays amis.

 

Cependant, il est également clair que le Gouvernement actuel israélien est incapable de voir cette simple réalité et de comprendre les conséquences des changements considérables qui ont lieu au Moyen-Orient.

 

A cette occasion, je voudrais souligner que les mesures que nous avons adoptées et que nous adopterons sont seulement liées à l’attitude du Gouvernement israélien actuel.

 

Notre objectif n’est pas de faire du tort ni de nuire à l’amitié historique entre Israël et la Turquie mais au contraire nous souhaitons encourager le Gouvernement israélien à corriger cette erreur qui ne correspond pas à cette amitié exceptionnelle.

 

La Turquie a toujours montré une attitude sincère et constructive concernant la prévention des développements qui pouvaient porter atteinte à la paix et à la stabilité régionale et globale, et elle a toujours cherché à corriger leurs impacts négatifs.

 

Depuis le début, la Turquie a fait connaître ses demandes et ses attentes de manière très claire et elle a fait sa part.

 

Je voudrais souligner cela encore une fois.

 

Le Gouvernement israélien est la partie responsable du stade que nous avons atteint aujourd’hui.

 

Tant que le Gouvernement israélien n’adoptera pas les mesures nécessaires, nous ne bougerons pas de ce stade.

 

Je vous remercie.